Cinéma

Gourou, ou pas du tout

5 février 2026

S’il y a une chose de sûre, c’est que ça fait un moment que je n’ai pas écrit sur ce blog – depuis novembre 2023 plus précisément. Non pas que je n’aie pas vu de films depuis, ni même que je n’aie pas eu d’avis à partager, mais l’envie m’était passée. Je ne suis plus la même personne depuis ce dernier article, j’ai carrément changé de vie professionnelle. Et une chose est sûre, en allant voir ce film, je ne pensais pas que je me retrouverais sur ce blog. Eh bien écoutez, pour le meilleur ou pour le pire, ce film m’a redonné envie d’écrire.

Je suis donc allée voir GOUROU, et je vous en parle maintenant.

GOUROU (réalisé par Yann Gozlan – 126 min – 2026)

Résumé : Mathieu Vasseur, surnommé Coach Matt (Pierre Niney), est le coach en développement personnel le plus suivi de France. Il a une vie bien rangée, bien cadrée. Alors qu’une commission sénatoriale l’invite à parler de son métier dans le cadre d’un projet d’encadrement de l’activité de coach, il va finir par perdre totalement le contrôle et s’engager dans une fuite en avant incontrôlable.

En postulat de départ, je veux dire que je n’ai ni passion, ni désamour pour Pierre Niney. Néanmoins, en règle générale, j’ai toujours pris plaisir à le voir jouer, et les films dans lesquels il apparaît sont pour la plupart, a minima, suffisamment bien réalisés pour être un bon moment de divertissement.

Avec tout le battage médiatique qu’il y a eu autour de ce film – on a littéralement vu Pierre Niney sur TOUS les plateaux, TOUTES les chaînes YouTube, TOUS les formats TikTok – l’attente était forcément importante.

Alors quel est mon avis sur le film : je n’ai pas aimé.

La raison première pour laquelle je n’ai pas apprécié le film, c’est qu’on nous a totalement menti sur la proposition. Toute la campagne publicitaire, l’affiche du film, le synopsis surfent sur le fait qu’il s’agirait, sous couvert d’un thriller, de mettre en lumière les dérives sectaires de la profession de coach. L’idée est géniale, d’autant plus qu’il existe évidemment des dérives et qu’il est extrêmement pertinent d’en parler. Mais ici, à aucun moment nous ne sommes face à un personnage ayant créé une secte. Mathieu Vasseur est présenté comme un coach qui semble réellement croire ce qu’il avance, en se reposant sur des vérités scientifiques et en ayant, a priori, plutôt des intentions louables et sincères vis-à-vis de son public, de ses clients. Alors bien sûr, nous sommes face à un entrepreneur successful, qui a trouvé une méthode marketing et qui cherche à vendre. Mais, et c’est dit dans le film, il ne veut pas que son activité soit amalgamée à certains masculinistes ou autres partisans d’un courant sectaire et radical.

Et d’ailleurs, pendant toute la première partie, malgré les artifices pour travailler le côté showman du personnage, rien ne m’interpelle négativement d’un point de vue moral.

Et c’est là mon premier problème. Hormis le fait que la communication autour du film a été quelque peu tapageuse inutilement, la caractérisation du personnage est erronée. On n’est pas face à un gourou au sens premier du terme.

Et d’ailleurs, ça m’interroge beaucoup sur le fait que la « communauté » de coachs des réseaux ait crié au loup face à ce film.

  1. Si un film sur le sujet vous dérange, je ne peux qu’en conclure que vous n’êtes pas solides sur vos appuis, donc posez-vous les bonnes questions.
  2. Avez-vous vraiment vu le film ? Car rien ne justifie de telles réactions, vu que le film ne parle pas de ce sujet in fine…

Si on met cet aspect de côté, un autre élément a fait que je n’ai pas pu entrer pleinement dans le film. On le sait, Yann Gozlan est un réalisateur connu pour savoir faire des thrillers (Un homme idéal, Boîte noire), et plutôt des bons thrillers. Or, dans Gourou, le basculement entre un Matt ancré et convaincu de ce qu’il fait et la perte de contrôle se fait dès le tout petit premier caillou dans la chaussure. Ce n’est pas crédible. Cela m’a totalement fait sortir du film. La répétition d’événements, et l’aspect crescendo de la perte de ses repères et de ce qu’il a construit, peuvent tout à fait justifier les différents événements consécutifs de l’histoire. Mais le basculement me semble beaucoup trop gros et soudain.

Et cela fait qu’à vouloir être trop caricatural, tant sur la posture mal caractérisée du gourou que dans le suivi du code du thriller, le film devient de plus en plus poussif, au point que Pierre Niney joue mal un quart du temps.

Enfin, un autre sujet, mais qui est assez propre à Yann Gozlan : l’absence de caractérisation des personnages féminins. Quand on choisit d’ajouter un personnage féminin aux côtés du personnage masculin principal, si ce n’est que pour lui donner le rôle de l’embrasser toutes les cinq scènes, autant abandonner la mission. Marion Barbeau (découverte magistralement dans En Corps) ne peut rien donner, car on ne lui a rien donné à proposer. Son personnage est inutile et ne sert ni à l’histoire ni au personnage joué par Pierre Niney, si ce n’est rapidement dire au spectateur : « vous voyez elle, elle a vu que ce qu’il se passait n’est pas normal »… Très dommage, pour une comédienne qui est pourtant de talent.

Je vais malgré tout terminer par deux choses que j’ai appréciées.

La première, c’est la scène devant la commission sénatoriale. J’ai apprécié le fait que le décor ne soit pas exactement celui que l’on connaît de ces commissions, mais aussi que les échanges soient aussi vifs. Cela rappelle de nombreux échanges dans lesquels la MIVILUDES intervient, et combien les hommes et femmes politiques qui mettent en place ces enquêtes sont déjà convaincus de l’issue de la commission avant que celle-ci ne démarre. Il y a des choses à dire sur ce sujet, et j’ai apprécié la manière dont ça a été mis en lumière. D’autant que la sénatrice, présidente de la commission, jouée par Léonie Simaga, est excellemment détestable. (Et je passe le passage sur le plateau de Hanouna, qui pour le coup, était assez criant de vérité et dit beaucoup de notre société, de notre époque, et de la manière dont les médias traitent les sujets en France).

Je tiens au passage à souligner que je ne parle pas nécessairement des autres acteurs car le film, et c’est tout à fait acceptable, tourne principalement autour de Pierre Niney. Ainsi, si l’ensemble du casting est talentueux, c’est presque accessoire dans ce film.

Un autre élément que je dois mettre au crédit de ce film, c’est la réalisation et la photographie. Malgré toutes les critiques que je peux émettre, on ne peut pas enlever à Yann Gozlan d’être un bon réalisateur et de savoir utiliser sa caméra. Rien d’époustouflant, mais juste ce qu’il faut pour, a minima, passer un moment correct de divertissement. Car oui, même si je n’ai pas aimé ce film, je n’ai pas passé un mauvais moment. J’ai juste passé un moment qui, d’ici une semaine, sera totalement oublié.

En résumé, j’ai surtout été déçue. Déçue par la proposition initiale qui m’a trompée. Déçue par le déroulé de l’intrigue, qui ne me semble pas suffisamment tenu.

GOUROU, ce n’est pas l’histoire d’un coach et la plongée dans les dérives sectaires qui se trouvent derrière. Non. GOUROU, c’est l’histoire d’un entrepreneur à succès, dans le domaine du développement personnel, et qui, à un moment donné, malgré ses potentielles bonnes intentions de départ, finit par se perdre dans sa recherche de célébrité et de reconnaissance.

Donc de quoi Yann Gozlan, et surtout Pierre Niney (car on sait que c’est lui qui a mis le projet dans les mains du réalisateur car le sujet l’intéressait) a voulu parler? L’univers du coaching dans ce film n’est qu’un décors, un prétexte. Et malgré quelques tentatives de mise en exergue de dérives éventuelles, notamment les risques d’emprise, ce n’est jamais abouti.

C’est dommage, le synopsis et la promesse de départ auraient pu en faire un film tellement passionnant. Après, comme on dit, finalement, ce qu’il faut, ce n’est pas juger le film qu’on pensait voir, mais le film qu’on a vu. Donc si je mets une mauvaise note au film que je pensais voir, je mets une note passable au film que j’ai vu.

Ecoutez, ca m’aura au moins permis de remettre mon nez sur ce blog!

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